05.03.2010
le MONDE vu du VATICAN
ZENIT
Le monde vu de Rome
Service quotidien - 05 mars 2010
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Rome
- Chili : Nouvel appel de Benoît XVI à la solidarité
- Pourquoi Pie XII a-t-il décider de ne plus parler ouvertement?
- Deux dicastères romains invitent l’archevêque de Hanoi à Rome
- Dans le christianisme Dieu se donne, dans les autres religions, il se conquiert
- Le père Cantalamessa, prédicateur du pape depuis 31 ans, 245 prédications
- Le sacerdoce est un don, pas un droit
Entretien
International
- Chili : L’Eglise assure une présence, témoigne l’archevêque de Concepción
- Asie : Un déséquilibre démographique inquiétant
- Malaisie : Profanation, l’Eglise demande des excuses
- Allemagne : Document commun entre catholiques et orthodoxes sur le dimanche
- Espagne : Joie après l’annonce de la visite du pape
- Le patriarche latin de Jérusalem en Jordanie
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Rome
Chili : Nouvel appel de Benoît XVI à la solidarité
Tandis que les répliques se succèdent
ROME, Vendredi 5 mars 2010 (ZENIT.org) - Benoît XVI lance un nouvel appel à la solidarité avec les populations frappées par le séisme du Chili, dans un télégramme adressé à l'évêque de Rancagua, Alejandro Goic Karmelic, président de la conférence épiscopale.
Les répliques, très violentes, comme celle de ce matin, ont atteint une magnitude de 6, 8, avec un épicentre à 30 km au large de la ville de Conception, durement frappée par la première secousse d'une magnitude de 8, 8, le 27 février, samedi dernier.
Benoît XVI évoque un « énorme malheur » et invoque la « consolation » de Dieu pour les victimes et il encourage à des « sentiments d'espérance chrétienne et de solidarité fraternelle pour surmonter l'adversité ».
Le pape exhorte « les communautés ecclésiales, les institutions civiles et les personnes de bonne volonté » à s'entraider « dans ces moments difficiles, avec un esprit généreux et une charité pleine de sollicitude ».
Mgr Goic Karmelic encourage également la population à « reprendre courage » et « confiance », à « travailler ensemble », dans un message à toute la population chilienne.
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Pourquoi Pie XII a-t-il décider de ne plus parler ouvertement?
L’exemple hollandais ou antibolchevisme ?
ROME, Vendredi 5 mars 2010 (ZENIT.org) - L'Osservatore Romano se montre attentif aux interventions des intellectuels français, en particulier lorsqu'il s'agit de relations avec le judaïsme. Après la publication dans ses colonnes de l'article de Bernard-Henri Lévy, publié initialement par Il Corriere della Sera, L'Osservatore du 6 mars 2010 fait état de l'interview de Serge Klarsfeld dans Le Point, et de l'interview, dans cette même revue, de l'historien franco-israélien Saul Friedländer par François-Guillaume Lorrain.
Ceci pour nuancer un propos de l'historien à propos de Pie XII. Après les représailles entraînées par l'intervention des évêques hollandais - 26 juillet 1942 -, Pie XII a décidé d'agir sans plus élever la voix.
Le futur Pie XII, Eugenio Pacelli, n'a pas attendu l'invasion de la Pologne, en 1939, pour avertir du danger et condamner le racisme nazi. L'encyclique « Mit brennender Sorge » avait, dès 1937, condamné le nazisme, et notamment son « Mythe du Sang et de la Race ». On sait qu'elle est due en grande partie à Pacelli, alors secrétaire d'Etat de Pie XI.
Friedländer, souligne L'Osservatore Romano, se défend de vouloir faire, comme d'autres, de Pie XII « le pape de Hitler » : il sait l'aversion du pape Pacelli pour le nazisme et sa contribution décisive à la condamnation de 1937.
Mais Saul Friedländer a cette réflexion qui attire l'attention de L'Osservatore : « S'il avait parlé, même s'il y avait eu des représailles, on se serait souvenu de la grandeur de l'Eglise ».
Pie XII préféra donner des ordres à ses nonces (particulièrement actifs en Hongrie, en Roumanie, en Grèce notamment) et aux religieux qui ouvrirent leurs couvents, et abriter de nombreux juifs au Vatican et à Castel Gandolfo, de façon à sauver des vies, n'ayant cure de son « image » ou celle de l'Eglise, mais craignant désormais qu'une parole envoie à la mort ceux qu'il voulait sauver.
Le nonce à Budapest, Mgr Angelo Rotta, a été déclaré « Juste parmi les Nations », et son secrétaire de nonciature, Mgr Gennaro Verolino, a reçu le « Prix Anger » en 2004. Rotta était en contact constant avec le Vatican.
Aux Pays-Bas, les responsables protestants avaient eux-mêmes, devant la menace de rétorsions, renoncé à la protestation programmée pour le même dimanche que les catholiques : Pie XII leur donna raison implicitement, a posteriori.
Pourtant, l'historien croit voir ailleurs la raison de la décision de Pie XII de ne plus parler : son antibolchevisme.
Or, L'Osservatore Romano, sous la plume de Raffaele Alessandrini, fait valoir deux arguments pour réfuter cette interprétation : d'une part, la seconde guerre mondiale « tellement crainte et condamnée par le pape » avait justement éclaté après le pacte Molotov-Ribbentrop, et, d'autre part, après l'agression nazie contre l'Union soviétique, Pie XII est « intervenu pour convaincre les catholiques américains de ne pas s'opposer à une alliance contre Hitler de l'administration américaine avec les soviétiques ».
Anita S. Bourdin
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Deux dicastères romains invitent l’archevêque de Hanoi à Rome
L’émotion des catholiques de la capitale vietnamienne
ROME, Vendredi 5 mars 2010 (ZENIT.org) - Le départ de l'archevêque de Hanoi pour Rome provoque une grande émotion dans la population catholique de la capitale, indique aujourd'hui « Eglises d'Asie » (EDA), l'agence des Missions étrangères de Paris.
Une certaine inquiétude et beaucoup d'émotion ont entouré, le 4 mars 2010, le départ de Mgr Joseph Ngô Quang Kiêt pour Rome. Invité par la Congrégation pour l'évangélisation des peuples et le Conseil pontifical Cor Unum, il doit y faire un long séjour de deux mois pour y restaurer ses forces, aujourd'hui sérieusement délabrées. C'est ce qu'a expliqué l'archevêque au groupe nombreux d'évêques, de prêtres et de laïcs qui sont venus le saluer à l'archevêché avant son départ, et l'ont ensuite accompagné jusqu'à l'aéroport.
Voilà déjà plusieurs mois que l'on sait que l'état de santé de l'archevêque de Hanoi laisse à désirer. Il souffre tout particulièrement d'insomnies répétées. Déjà, lors de son séjour à Rome, en juin dernier, pour la visite ad limina des évêques, il s'était confié aux responsables romains à ce sujet. Certains bruits avaient même laissé entendre qu'il avait proposé sa démission au Souverain Pontife. A son retour au Vietnam, il s'était isolé, pendant une période assez longue, au monastère cistercien de Châu Son, qui se trouve à environ 105 km au sud de Hanoi. Cependant, même s'il a pu mener à bien la mission qui était la sienne pour l'inauguration de l'Année sainte, il n'a jamais pu retrouver un état de santé satisfaisant. Le rôle joué par l'archevêque, lors de l'affaire de la Délégation apostolique, qui a commencé en décembre 2007, ensuite dans l'affaire de la paroisse de Thai Ha et encore, tout récemment, lors de la destruction par la police de la croix monumentale de Dong Chiêm, a rendu plus étroites les relations liant le responsable religieux de la capitale du Vietnam à la population catholique et à beaucoup de sympathisants. La tension supportée au cours de ces confrontations avec les autorités, ainsi que les calomnies qui ont pu être répandues à son sujet par les médias officiels ont sans doute contribué pour une part à la dégradation présente de la santé de l'archevêque. Par ailleurs, les autorités locales de Hanoi ayant demandé, en septembre 2008, à la Conférence épiscopale que Mgr Kiêt soit éloigné de la capitale, certaines personnes ont craint que ce séjour à Rome ne se transforme en exil permanent ! C'est pourquoi, de tous les voyages à l'étranger déjà accomplis par l'archevêque, ce dernier est celui qui a suscité le plus d'émotion et d''interrogations.
Pourtant, ces derniers jours, les explications n'ont pas manqué. Les prêtres de l'archidiocèse, dans les paroisses, ont informé les fidèles, avec clarté et sans ambiguïté, du motif du voyage de leur pasteur à Rome, à savoir le soin de sa santé. A l'annonce de ce départ, beaucoup de chrétiens ont voulu organiser une manifestation de soutien à leur archevêque en l'accompagnant juste qu'à l'aérodrome. Pour des raisons compréhensibles, il leur a été demandé de renoncer à ce projet. Du coup, dans les derniers jours, les groupes venant visiter l'archevêque se sont multipliés. A chacun, avec calme et simplicité, celui-ci a répété les raisons de son absence temporaire du diocèse. Son séjour à Rome, au siège de Cor Unum, durerait au moins deux mois, le temps de retrouver des forces grâce aux soins d'un médecin romain bien connu. Il les a assurés de son désir de reprendre son poste à Hanoi dès son retour.
© Les dépêches d'Eglises d'Asie peuvent être reproduites, intégralement comme partiellement, à la seule condition de citer la source.
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Dans le christianisme Dieu se donne, dans les autres religions, il se conquiert
Première prédication de Carême, par le P. Raniero Cantalamessa
ROME, Vendredi 5 mars 2010 (ZENIT.org) - La différence entre le christianisme et les autres religions est comparable à la différence qui existe entre la nouvelle et l'ancienne alliance, entre « l'Esprit et la lettre », entre « la grâce et la loi ». En tant que ministre de la nouvelle alliance, le prêtre doit aider ses frères à vivre cette « nouveauté de la grâce », qui est le Christ, nouveauté de Dieu qui se donne par amour.
C'est ce qu'a affirmé en substance le P. Cantalamessa, O.F.M. Cap., prédicateur de la Maison pontificale, dans sa première prédication de Carême, prononcée ce vendredi matin, en présence du pape Benoît XVI et de la curie romaine, dans la chapelle Redemptoris Mater, au Vatican.
Le prédicateur capucin a expliqué que la parole des Ecritures qu'il a choisie comme « fil conducteur » de ses prédications, est tirée de la Lettre de Paul aux Corinthiens (1 Co 4, 1) : « Qu'on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu ». En cette année sacerdotale, il a consacré l'Avent à réfléchir au prêtre en tant que « serviteur du Christ », et consacrera donc le Carême au prêtre en tant que « intendant des mystères de Dieu ».
Il a expliqué que le mot « mystère » avait deux sens : il signifie d'une part les « desseins de Dieu » révélés aux hommes et d'autre part, les « signes concrets de la grâce », c'est-à-dire les sacrements. Dans cette première prédication de Carême, le P. Cantalamessa a développé le premier sens, le rôle du prêtre « comme témoin de la vérité de Dieu », et plus précisément, comme « ministre de la nouvelle alliance ».
Pour expliquer la différence entre la nouvelle et l'ancienne alliance, le prédicateur a comparé la « lettre » et « l'Esprit », la « lettre » étant « la loi mosaïque écrite sur des tables de pierre et, par extension, toute loi positive extérieure à l'homme » et « l'Esprit » étant « la loi intérieure, écrite sur les coeurs ».
La loi nouvelle est celle qui a été « gravée dans les coeurs au jour de la Pentecôte », a-t-il souligné. Désormais, « Dieu ne se borne plus à commander à l'homme de faire ou ne pas faire, mais Il fait lui-même avec lui et en lui les choses qu'il commande », a-t-il ajouté, en citant saint Augustin.
La loi nouvelle est « une capacité nouvelle d'aimer », a-t-il poursuivi. C'est « l'amour avec lequel Dieu nous aime et avec lequel, en même temps, il fait que nous l'aimions lui et notre prochain ».
Le rôle du prêtre en tant que « dispensateur des mystères de Dieu » est donc d'aider ses frères à « vivre la nouveauté de la grâce, ce qui équivaut à dire la nouveauté du Christ », a expliqué le P. Cantalamessa.
Le prédicateur a appliqué cette réflexion au dialogue interreligieux.
Ce qui, selon l'Apôtre Paul, « distingue la nouvelle alliance de l'ancienne, l'Esprit de la lettre, la grâce de la loi, une fois opérées les distinctions voulues, est exactement ce qui distingue aujourd'hui le christianisme de toutes les autres religions », a expliqué le P. Cantalamessa.
Dans les autres religions, « Dieu ne se donne pas, il se conquiert », a-t-il souligné. « Toute religion humaine ou philosophie religieuse commence par dire à l'homme ce qu'il doit faire pour être sauvé : les devoirs, les oeuvres (...). Le christianisme ne commence pas par dire à l'homme ce qu'il doit faire, mais ce que Dieu a fait pour lui », a-t-il ajouté. « D'abord le salut, ensuite la conversion ».
Le prédicateur de la Maison pontificale a reconnu que le christianisme possède lui aussi des commandements mais « c'est du don que naît le devoir, et non l'inverse ».
Il a expliqué que la difficulté du christianisme pour l'homme moderne réside dans le fait de devoir « reconnaître la dépendance de quelqu'un ».
Citant saint Bernard, il a expliqué que Satan préfère « être la plus malheureuse des créatures par son propre mérite, que le plus heureux par 'grâce' d'autrui ».
« Le refus du christianisme, qui se développe à certains niveaux de notre culture occidentale, quand il n'est pas refus de l'Eglise et des chrétiens, est refus de la grâce », a affirmé le P. Cantalamessa.
Le prédicateur a conclu en soulignant que « l'expression 'le mystère du Christ' est la plus complète de toutes : elle renferme son être et son agir, son humanité et sa divinité, sa pré-existence et son incarnation, les prophéties de l'Ancien Testament et leur accomplissement dans la plénitude des temps ». Il a invité ses auditeurs à répéter cette prière : « Verbe éternel, Dieu vivant et vrai, fais-nous entrer dans ton mystère ».
Gisèle Plantec
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Le père Cantalamessa, prédicateur du pape depuis 31 ans, 245 prédications
ROME, Vendredi 5 Mars 2010 (ZENIT.org) - « J'ai certainement mis la patience des souverains pontifes à dure épreuve », affirme à L'Osservatore Romano le père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, qui prêche cette année depuis 31 ans pour le pape.
Alors que les prédications de Carême du Capucin commençaient aujourd'hui sur le thème « Dispensateurs des mystères de Dieu », il rappelle qu'il a tenu, toutes ces années, une moyenne de « 8 prédications par an ». Avec celle de ce vendredi, « nous arriverons à 245 ».
« Cela démontre vraiment la patience héroïque des deux derniers souverains pontifes qui ont eu la bonté de m'écouter », affirme-t-il.
Le thème choisi pour ce Carême se fonde sur le verset « Qu'on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu » (1 Co 4, 1).
« Durant la période de l'Avent, j'ai proposé une méditation sur la première partie du texte, c'est-à-dire sur ce que signifie être serviteurs du Christ et dans quelle mesure on peut être serviteurs du Christ et serviteurs de l'Esprit », explique le père Cantalamessa.
« Pour le Carême, je proposerai de méditer sur la seconde partie, c'est-à-dire sur celle qui concerne le prêtre comme administrateur de la Parole de Dieu, donc prédicateur de l'Evangile, donc évangélisateur et ministre des sacrements », affirme-t-il à L'Osservatore Romano. « La parole ‘mystère' comprend en effet la vérité de Dieu et les signes sacramentaux de la grâce ».
Ce vendredi 5 mars, la méditation du père Cantalamessa concernait la personne de Jésus Christ, cœur de l'annonce chrétienne. « Dans l'annonce, les prêtres doivent se comporter comme les ministres d'une nouvelle alliance », a-t-il expliqué. Cela est d'autant plus important dans une période « comme celle que nous vivons, où nous sommes tellement pris par des problèmes d'ordre pratique, que nous courrons le risque de perdre de vue certains objectifs ».
La seconde méditation sera proposée vendredi 12 mars, durant laquelle le père Cantalamessa invitera à réfléchir « sur la manière de vivre et d'aider à vivre le mystère eucharistique ».
Enfin, la troisième et dernière méditation « portera sur les besoins du prêtre aujourd'hui ». « Nous devons avoir le courage de vivre cette année sacerdotale comme une période de conversion », souligne-t-il avec force. « Nous en avons aussi besoin, nous les prêtres, surtout à la lumière de ce qui est arrivé dans différentes parties du monde à cause d'une trahison, de la part de certains, du devoir de fidélité au mandat reçu. Cette conversion que nous demandons à nos fidèles doit d'abord nous concerner ».
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Le sacerdoce est un don, pas un droit
Message aux prêtres du secrétaire de la Congrégation pour le clergé
ROME, Vendredi 5 mars 2010 (ZENIT.org) - Le sacerdoce est un don de Dieu et ne saurait donc être exigé comme un droit, explique le secrétaire de la Congrégation pour le clergé.
Au coeur de l'Année sacerdotale, Mgr Mauro Piacenza a envoyé à tous les prêtres du monde un message les invitant à réfléchir à la prière de consécration que l'évêque a prononcée à l'intention de chacun à l'occasion de leur ordination.
Mgr Piacenza rappele à cette occasion que le sacerdoce est « essentiellement un don » de Dieu, qui renvoie donc à « une dignité que tous, fidèles laïcs et membres du clergé, sont toujours appelés à reconnaître ».
« Cette dignité ne vient pas des hommes, mais est un pur don de grâce, auquel on est appelé et que personne ne peut revendiquer comme un droit », explique-t-il dans son message.
« La dignité du sacerdoce, donnée par le ‘Père Tout puissant', doit transparaître dans la vie des prêtres : dans leur sainteté, dans leur humanité accueillante, pleine d'humilité et de charité pastorale, dans la lumière de leur fidélité à l'Evangile et à la doctrine de l'Eglise, dans la sobriété et la solennité de la célébration des divins mystères, dans leur habit sacerdotal ».
« Tout, chez un prêtre, doit rappeler, à lui-même et au monde, qu'il est l'objet d'un don dont il est indigne et qu'il ne mérite pas, et qui fait de lui une présence concrète de l'Absolu dans le monde, pour le salut des hommes ».
Mgr Piacenza souligne ensuite dans son message que « l'Esprit de sainteté, dont on implore une nouvelle effusion, est à la fois une garantie pour vivre ‘en sainteté' la vocation reçue et une condition à la possibilité même d'accomplir fidèlement son ministère ».
Cette fidélité, insiste-t-il « est cette merveilleuse rencontre entre la liberté fidèle de Dieu et la liberté créée et blessée de l'homme, lequel toutefois, par la puissance de l'Esprit, devient capable sacramentellement de ‘guider tout le monde vers une conduite de vie intègre' ».
« Loin de reléguer le ministère presbytéral à des domaines de pure moralité, cette exhortation indique ‘la plénitude' de la vie : une vie qui soit réellement telle et totalement chrétienne ».
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Entretien
« Pastoral da Criança » : Hommage au Dr Zilda Arns Neumann
Par le card. Geraldo Majella Agnelo, archevêque de São Salvador da Bahia
ROME, Vendredi 5 mars 2010 (ZENIT.org) - Au moment où l'on s'apprête à célébrer la « Journée de la femme », quoi de plus naturel que de chercher de ces portraits de femmes dont l'action change le monde ? France Catholique en propose un, dans son édition du 4 mars 2010 (N. 3102, numéro spécial sur le Curé d'Ars, « L'apôtre du siècle désespéré »).
C'est un hommage à une grande figure brésilienne, le Dr Zilda Arns Neumann, et à son œuvre de la Pastorale de l'Enfant, dont le cardinal Geraldo Majella Agnelo, archevêque de São Salvador da Bahia, est aussi un témoin et un acteur privilégié.
Le Dr Zilda Arns Neumann, pédiatre et fondatrice de la « Pastoral da Criança » qui aide 1 900 000 enfants et femmes enceintes dans les communautés défavorisées du Brésil, et dans d'autres pays du monde, est disparue tragiquement, à l'âge de 75 ans, dans le séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010. Elle avait aussi fondé la « Pastorale de la personne âgée ».
France Catholique - Éminence, vous êtes co-fondateur de la « Pastoral da Criança » qui est une organisation œcuménique de la Conférence nationale des évêques du Brésil : comment avez-vous réagi à la nouvelle du décès du docteur Zilda ?
Cardinal Majella - Dans la nuit du 12 janvier dernier, j'ai suivi les premières nouvelles de cet épouvantable tremblement de terre, quasi jusqu'à l'aube. J'ai été consterné en voyant ce peuple héroïque tellement éprouvé, tellement discriminé, vivant amèrement tant de pauvreté, de faim, de souffrance. Les premières nouvelles des victimes sont arrivée au matin, et, dans les premières, celle de la mort du Dr Zilda Arns Neumann. J'ai tout de suite pensé que Dieu voulait nous donner un signe de son dessein.
La Pastorale de l'Enfant est née d'une petite graine jetée en terre à Florestópolis, dans l'État du Paraná, dans l'archidiocèse de Londrina, il y a vingt-sept ans. Aujourd'hui, elle est présente dans tous les pays d'Amérique latine, différents pays africains, en Asie, au Timor occidental. L'arbre a une belle frondaison. Tout ce parcours est amour, ardeur missionnaire, joie de faire du bien à ceux qui souffrent le plus, d'améliorer la qualité de la vie des autres, surtout des enfants. Le Dr Zilda s'était déjà entièrement donnée. Le Seigneur l'a trouvée mûre pour l'appeler à lui. Depuis longtemps, elle avait pensé à la poursuite de son parcours. Elle avait préparé une équipe qui puisse la remplacer à différents niveaux. J'ai fait l'expérience de l'espérance, comme si c'était une certitude. Je conserve cette foi aussi après ce qui est arrivé à Haïti : sa vie et sa mort sur le champ de bataille seront un constant stimulant.
France Catholique - Quel accueil les Brésiliens lui ont-ils réservé à l'occasion de ses funérailles, quel hommage lui ont-ils rendu ?
Cardinal Majella - Tous les Brésiliens la connaissaient et les moyens de communication n'ont pas cessé de rappeler fréquemment sa mémoire. La veillée funèbre a eu lieu au siège du gouvernement du Paraná, le palais des Araucaries. Des délégations sont venues de tout le Brésil. J'ai présidé la célébration devant son cercueil, entouré de cinq évêques et de prêtres. Ses enfants et ses petits-enfants et d'autres membres de la famille y ont participé avec la foule qui priait et chantait. Des foules sont en effet accourues pour venir s'incliner devant son cercueil. Une caractéristique de cette veillée est qu'elle n'a pas été la démonstration d'un échec, mais d'une victoire. Une vie entièrement dévouée à ceux qui souffrent. De nombreuses personnalités politiques y ont participé : le président de la République, les gouverneurs des États du Paraná et de São Paulo, des ministres d'État, des sénateurs, des députés fédéraux et d'État, et d'autres autorités civiles et militaires. Des caravanes de la Pastorale de l'Enfant sont venues de différents États.
France Catholique - Mme Arns avait atteint une stature universelle : elle avait été citée pour le Nobel de la paix et elle avait reçu différents prix des Droits de l'Homme. Mais vous êtes un témoin privilégié des débuts : comment l'aventure a-t-elle commencé ?
Cardinal Majella - Le projet de la Pastorale de l'Enfant peut se résumer ainsi : le président de l'UNICEF internationale a donné au cardinal Paulo Evaristo Arns des instruments pour préparer à la maison un sérum indiqué contre la diarrhée. La découverte du sérum semble avoir été d'inspiration divine. Une infirmière du Bangladesh confrontée à une épidémie de diarrhée qui avait fait des milliers de victimes parmi les enfants, sans moyens ni pouvoir, a utilisé les seules ressources qui lui restaient : un peu d'eau et un peu de sel. Elle a rempli un verre d'eau et a ajouté une cuillérée de sucre et une cuillerée de sel, a bien mélangé et l'a donné à boire à un enfant qui allait mourir, et la diarrhée a été vaincue en peu de temps. C'est ainsi qu'on a découvert empiriquement le plus simple des remèdes pour une situation très grave !
M. James Grant a demandé au cardinal Arns de réaliser un projet pour que ce sérum fait à la maison et d'autres mesures de santé de base puissent être apportés aux populations les plus souffrantes, étant donné que, souvent, seule l'Église était en mesure d'arriver jusqu'à elles. Le cardinal Arns a indiqué sa sœur, le Dr Zilda Arns Neumann, pédiatre spécialisée en santé publique, employée au Secrétariat d'État à la santé, pour piloter le projet dans mon ancien diocèse dans le Paraná.
C'est ainsi qu'en septembre 1983 nous avons commencé à mettre en œuvre le projet avec la collaboration des techniciens de l'UNICEF et d'autres venant des secrétariats d'État et municipaux de Londrina. Dans un premier moment, on a décidé que les mères des enfants devaient être les protagonistes de la promotion sociale de leurs familles. Pour chaque groupe de dix mères, nous avons décidé d'en former une, qui aurait des dons d'animatrice, afin qu'elle forme ensuite les autres. L'objectif était d'obtenir une diminution drastique de la mortalité infantile, dans une communauté où les statistiques étaient de 131 morts pour mille naissances. L'âme de notre projet - qui est l'amour des personnes -, doit se manifester au milieu d'elles. Les actions de base choisies étaient la formation des futures mamans, l'allaitement maternel, l'accompagnement mensuel du poids, les vaccins, le sérum fait à la maison pour la réhydratation orale.
France Catholique - Jean-Paul II a dit qu'on ne comprendrait bien le mal que « de l'intérieur » : il semble qu'on puisse appliquer cette observation à Mme Arns...
Cardinal Majella - Il est certain qu'elle a beaucoup souffert dans sa vie personnelle. Le Dr Zilda venait d'une famille nombreuse caractérisée par l'accès à la spécialisation universitaire. Elle a choisi la médecine pédiatrique. La formation religieuse est une autre caractéristique familiale : deux prêtres, trois religieuses, et d'autres professionnels, tous compétents et enthousiastes. Zilda s'est distinguée par sa préoccupation pour la formation de la famille, en particulier des enfants, et pas seulement de ses enfants, mais aussi de ceux de sa famille, de ses voisins...
Elle a choisi la médecine comme une mission et elle a dirigé ses pas sur la voie de la santé publique. Son activité quotidienne ordinaire était celle de pédiatre à l'hôpital des Enfants « César Pernetta » à Curitiba et, ensuite, comme directrice du département maternel-infantile du Secrétariat de la Santé de l'État du Paraná. Elle s'est spécialisée dans différentes universités et organisations brésiliennes et étrangères et cela lui a fourni de solides bases théoriques.
Le cœur du Dr Zilda était rempli de dons pour le prochain, une mission, une grande sensibilité dans son rapport avec les personnes, une ouverture spéciale à la compréhension, la patience, et une attention pour le monde des enfants. Elle-même, à travers des drames familiaux : la perte d'un nouveau-né, le décès de son mari dans sa tentative de sauver un adolescent - qui n'était pas de sa famille - , en mer, et ensuite d'une fille, disparue dans un accident de la route, qui a laissé un fils aux soins de sa grand-mère Zilda.
Elle avait un dialogue intense avec ses enfants qu'elle consultait dans les moments importants de sa vie, surtout quand elle devait faire de longs voyages. La force de ses propres parents a marqué sa vie, elle se souvenait d'eux avec affection. Je me souviens que sa vie a suivi un crescendo d'enthousiasme et de formation dans sa fonction. Sa sensibilité l'a conduite à s'occuper des enfants dans tout le Brésil, et à l'étranger, à commencer par l'Amérique latine, jusqu'en Afrique et au Timor occidental. Je peux dire qu'elle consacrait beaucoup d'espace à l'action et à son travail dans les conversations avec sa famille et avec ses amis.
France Catholique - Aujourd'hui, comment chiffre-t-on l'œuvre accomplie par Zilda Arns et ses collaborateurs ?
Cardinal Majella - L'éducation des mères par des responsables communautaires formées s'est révélée la meilleure forme de lutte contre les maladies faciles à prévenir et contre la marginalisation des enfants. Après 27 ans, la Pastorale guide plus de 1,9 million de femmes enceintes et d'enfants de moins de six ans, et 1,4 million de familles pauvres dans 4 063 communes du Brésil. Plus de 260 000 bénévoles apportent la foi et la vie, sous la forme de la solidarité et de connaissances sur la santé, la nutrition, l'éducation, la citoyenneté, aux communautés défavorisées.
En 2004, le Dr Zilda a reçu de la Conférence nationale des évêques brésiliens une mission semblable : fonder, organiser et coordonner la Pastorale de la personne âgée. Jusqu'à aujourd'hui, plus de 129 000 personnes âgées sont accompagnées chaque mois par 14.000 bénévoles. Elle a reçu des prix et des reconnaissances internationales pour son travail d'une grande portée sociale.
France Catholique - Dans son dernier discours à Haïti, il semble que Zilda Arns ait laissé comme un testament spirituel... Que dire de ce message posthume ?
Cardinal Majella - Je considère en effet le discours aux religieux et aux religieuses d'Haïti comme un testament spirituel, et, comme l'a suggéré l'ambassadeur brésilien près le Saint-Siège M. Luiz Felipe de Seixas Corrêa, sa propre oraison funèbre. Je soulignerai de façon spéciale ce passage : « Notre objectif est de réduire la mortalité infantile et de promouvoir le développement des enfants jusqu'à l'âge de six ans. La première enfance est une étape décisive pour la santé, l'éducation, et la consolidation des valeurs culturelles et religieuses. » Cela peut sembler très simple et en même temps ambitieux, mais c'est important de rêver à un avenir meilleur grâce à des actions qui soient elles aussi simples et reconnues scientifiquement comme valides.
France Catholique - À différentes reprises, notamment, dans son message pour la Journée mondiale de l'Alimentation 2007, Benoît XVI a lui-même indiqué cette priorité de l'enfance dénutrie...
Cardinal Majella - Oui, et en 2008, également pour la Journée mondiale de l'Alimentation, il a déclaré : « Une campagne efficace contre la faim demande beaucoup plus qu'une simple étude scientifique pour faire face aux changements climatiques ou pour destiner en premier lieu la production agricole à l'usage alimentaire. Il est nécessaire, avant tout, de redécouvrir le sens de la personne humaine, dans sa dimension individuelle et communautaire, depuis le fondement de la vie familiale, source d'amour et d'affection dont provient le sens de la solidarité et du partage. Ce cadre répond à la nécessité de construire des relations entre les peuples basées sur une constante et authentique disponibilité, de rendre chaque pays capable de satisfaire les nécessités des personnes dans le besoin, mais aussi de transmettre l'idée de relations fondées sur l'échange de connaissances réciproques, de valeurs, d'assistance rapide et de respect. »
Le Saint-Père ajoute : « Il s'agit là d'un engagement pour la promotion d'une justice sociale effective dans les relations entre les peuples, qui demande à chacun d'être conscient que les biens de la Création sont destinés à tous et que dans la communauté mondiale la vie économique devrait être orientée vers le partage de ces biens, vers leur usage durable et la juste répartition des bénéfices qui en découlent. »
Propos recueillis par N. Bottineau
© France Catholique 2010
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International
Chili : L’Eglise assure une présence, témoigne l’archevêque de Concepción
Mgr Ricardo Ezzati Andrello
ROME, Vendredi 5 Mars 2010 (ZENIT.org) - Mgr Ricardo Ezzati Andrello, archevêque de Concepción (Chili), a témoigné de la présence de l'Eglise auprès des sinistrés, une présence actuellement importante pour insuffler « espérance » et « courage » après le tremblement de terre du 27 février dernier.
Sur les ondes de Radio Vatican, l'archevêque évoque « situation matérielle très grave » et des « maisons détruites », alors que la terre a recommencé à trembler au Chili. Une nouvelle secousse a été ressentie à Santiago et Concepción, les villes parmi les plus touchées par le tremblement de terre.
« En plus du séisme, nous avons souffert d'un tremblement de terre moral en raison des agressions et des pillages de supermarchés et de magasins », a-t-il expliqué. « Après l'arrivée des militaires, les choses se sont tranquillisées et nous sommes maintenant très occupés à mettre en œuvre les services de secours ».
Aujourd'hui, alors que le dernier bilan provisoire fait état de plus de 800 morts, l'archevêque a invité les prêtres à « être proche des gens parce que ce dont la population a le plus besoin en ce moment, c'est de la parole d'un ami, d'un geste fraternel, d'une bénédiction du Seigneur ».
« Tous les jours à 12h30, je célèbre la messe dans l'atrium de la cathédrale parce que celle-ci est impraticable », a-t-il ajouté à Radio Vatican. « Je remarque que la présence des gens à l'Eucharistie grandit de jour en jour » parce qu'ils ont besoin « non seulement de pain, d'eau, mais aussi de quelqu'un qui écoute ». « Une personne qui se sent écoutée et comprise est une personne qui reprend confiance en elle ».
Plus tard, il nous faudra « penser à la reconstruction », mais en ce moment, « nous voulons servir les personnes », a ajouté le haut prélat qui a lancé un « appel » à être parmi les gens pour leur insuffler « espérance » et « courage ». « C'est notre priorité », a-t-il conclu.
Marine Soreau
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Asie : Un déséquilibre démographique inquiétant
Le résultat de 30 années de sélection des sexes
ROME, Vendredi 5 mars 2010 (ZENIT.org) - « Asie : Déséquilibre démographique inquiétant », titre aujourd'hui « Gènéthique », la synthèse de presse de la Fondation Jérôme Lejeune.
Le déséquilibre démographique entre les naissances de garçons et de filles qui touche le continent asiatique crée des inquiétudes. Aujourd'hui, la Chine et l'Inde compte chacune 60 millions de « femmes manquantes » selon l'expression des démographes : résultat de 30 années de sélection des sexes en défaveur des filles (cf. Synthèse de presse du 12/01/10). Accélérée ces dernières années par le développement de l'échographie, cette élimination des foetus féminins s'explique par des facteurs culturels traditionnels qui valorisent la naissance de garçons pour assurer la lignée familiale, la transmission du patrimoine et parce qu'il revient au garçon d'accomplir les rites funéraires et de « garantir les vieux jours de ses parents ». La fierté d'avoir un fils, « partagée par à peu près toutes les cultures », s'accompagne en Asie « d'une dévalorisation des filles, [...] où des cas d'infanticides de fillettes ont été rapportés depuis l'Antiquité ». De plus, en Chine, « la politique de l'enfant unique depuis 1979 a amené de nombreuses familles à ne garder que le garçon ».
Une enquête effectuée par l'Académie des sciences sociales de Pékin s'inquiète de ce déséquilibre des naissances. Dans des régions pauvres, la « pénurie de femmes » provoque des violences inquiétantes : « le trafic des femmes nord-coréennes vendues à des fermiers chinois restés seuls. Esclaves sans aucun papier, elles sont souvent revendues à d'autres réseaux ou bien livrées à la police chinoise qui touche une prime en les renvoyant en Corée du Nord. Les mêmes scénarios se déroulent aux frontières méridionales chinoises du Vietnam et de la Birmanie ».
En Inde, le décollage économique n'a pas amélioré le sort des filles : celles-ci « sont devenues de plus en plus souvent un 'fardeau' financier à cause des dots énormes que leurs parents doivent verser ». Bien qu'illégal depuis 1961, le versement de la dot subsiste et devient l'occasion d' « un étalage de statut social, de réussite, quand on marie son fils ». Les dots de plus en plus élevées réclamées aux parents de filles ont influencé le marché lucratif de la sélection des sexes : un groupe de cliniques privées indiennes réalisant des échographies n'hésitait pas à clamer il y a quelques années : « Dépenser 5000 roupies (79 euros) maintenant vous évitera 500 000 roupies (8000 euros) dans vingt ans ».
Les chercheurs et les démographes évoquent les conséquences de ce déséquilibre : hausse de la prostitution, achats ou enlèvements de femmes, "contraintes de 'servir d'épouse' à plusieurs hommes d'une même famille", violence chez les hommes qui ne trouvant pas d'épouses s'engagent dans "des activités à risque, violentes ou illégales". 28 à 32 millions d'hommes en Inde comme en Chine ne pourront pas se marier.
Le statut des filles a toutefois évolué ces dernières années. Les gouvernements indien et chinois font des efforts pour valoriser les filles : « ils mènent des campagnes d'information, ils accordent des subventions à la naissance de filles, ils les accompagnent jusqu'à 18 ans avec des bourses d'étude, offrent de l'argent lors du mariage ». La Chine offre même « une protection sociale aux parents de filles, pour leur garantir une retraite, et leur montrer qu'une fille peut aussi assurer la sécurité de leurs vieux jours ». Ces dix dernières années, les filles qui quittent les campagnes vers les centres industriels du Sud de la Chine découvrent « d'autres milieux sociaux et ethniques, gagnent de l'argent et s'émancipent lentement » explique la jeune sociologue chinoise Du Jie. Sérieuses, économes, elles aident leurs parents financièrement et sont « finalement plus proches de leur famille que les garçons qui vont se marier loin de chez eux ». Désormais, en ville, les jeunes couples tendent même à « préférer une fille qu'ils élèveront sans différence, qui réussira dans la vie et s'occupera d'eux après leur retraite ».
Les mentalités bougent mais « les évolutions démographiques sont lentes. Et l'Inde comme la Chine ne pourront jamais combler cette classe creuse, cette génération marquée par trente ans de sélection des naissances ».
Source : La Croix (Dorian Malovic, Marianne Gomez, Nathalie Lacube) 05/03/10
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Malaisie : Profanation, l’Eglise demande des excuses
Deux journalistes musulmans en cause
ROME, Vendredi 5 mars 2010 (ZENIT.org) - Renonçant à agir en justice, l'Eglise catholique demande les excuses de deux journalistes musulmans, profanateurs d'une hostie consacrée, indique aujourd'hui « Eglises d'Asie » (EDA), l'agence des Missions étrangères de Paris.
Le 4 mars dernier, lors d'une conférence de presse, Mgr Murphy Pakiam, archevêque catholique de Kuala Lumpur, a publiquement annoncé que l'Eglise catholique abandonnait toute poursuite judiciaire envers le mensuel Al-Islam et les deux journalistes qui avaient profané une hostie consacrée lors d'une enquête menée dans le cadre de leur travail, mais il a ajouté qu'il attendait tant du journal que des journalistes en cause des excuses publiques.
S'exprimant au nom de l'ensemble des catholiques de Malaisie, l'archevêque de Kuala Lumpur a regretté dans les termes les plus vifs la décision du ministère public d'abandonner toute poursuite contre les journalistes et le média incriminés, mais il a ajouté que le pardon étant au cœur du message chrétien, l'affaire serait tenue pour close dès l'instant où « le directeur de la publication s'excusera ». Mgr Pakiam a précisé que cela ne serait pas la première fois que l'Eglise renoncerait à aller devant les tribunaux pour le bien de la paix et du bien commun, et il a cité la publication, il y a quelques années, par un journal tamoul d'une publicité irrespectueuse où le Christ était représenté une cannette de bière à la main (1). « Dès que le rédacteur en chef s'est excusé, je lui ai dit : ‘Très bien. J'accepte l'excuse. L'affaire est close'. »
L'affaire de la profanation d'une hostie consacrée remonte au printemps dernier (2), lorsque Al-Islam, publication grand public, avait fait paraître en Une une enquête sur les supposées conversions au christianisme d'adolescentes musulmanes. En reportage incognito dans une église catholique de Kuala Lumpur, les deux reporters du journal écrivaient qu'ils ne constataient pas l'existence de telles conversions, et dissertaient sur l'usage du mot Allah dans la liturgie catholique. Toutefois, dans leur souci de s'immiscer au cœur du service religieux catholique, ils avaient pris place dans la file des fidèles pour la communion et reçu dans la bouche l'hostie consacrée. Dans l'article publié, les journalistes présentaient la photographie d'une hostie, celle qu'un des deux journalistes avait conservée un temps dans sa bouche avant de la recracher, brisée en plusieurs morceaux, pour la photographier.
Réagissant alors ce qu'ils ressentirent comme une profanation, deux catholiques de Penang portaient plainte le 8 juillet 2009 et, après un premier refus de la police, parvenaient à faire enregistrer par les autorités leur plainte. La police a alors mené l'enquête au titre de l'article 298 A du Code pénal, qui punit d'une peine maximale de cinq ans de prison toute action néfaste à l'unité et à l'harmonie, visant à causer la division, l'animosité ou la haine pour des motifs religieux. Puis, rien ne s'est passé, avant que, le 23 février 2010, les deux catholiques reçoivent un courrier de la police les informant que le parquet avait conseillé de ne pas poursuivre plus avant l'enquête et que l'action en justice était donc éteinte.
Mgr Pakiam a dénoncé l'instruction du parquet comme « impliquant le message qu'aucun crime n'avait été commis, alors même que les journalistes ont admis qu'ils avaient profané la Sainte Communion ». Il a poursuivi en affirmant que les autorités n'avaient pas saisi l'importance du tort fait à la communauté catholique. Les deux journalistes n'ont pas seulement manqué de respect pour l'Eglise et les catholiques, ils ont montré « du mépris pour nos croyances ». L'archevêque s'est toutefois déclaré défavorable à l'initiative des deux catholiques à l'origine de la plainte et qui ont déclaré, une fois la décision du parquet connue, qu'ils appelaient à manifester pacifiquement fin mars. Manifester sur la voie publique « n'est pas une manière efficace de trouver une solution à ce problème », a fait valoir l'archevêque.
Pressé par les journalistes à propos d'un éventuel lien entre la délicate résolution de la polémique autour de l'utilisation par les catholiques du mot Allah dans leurs textes et liturgies en malais (3) et sa volonté de ne pas poursuivre en justice le journal Al-Islam, Mgr Pakiam a répondu que c'était aux autorités de prendre au sérieux leurs responsabilités. Sur le fond, il a plaidé pour « une meilleure compréhension mutuelle et un plus grand respect de chacun envers l'autre ». « Nous vivons dans une société multiculturelle et pluri-religieuse. Il est indispensable que chacun respecte les croyances de l'autre, faute de quoi nous perdons de vue notre humanité et notre dignité - des valeurs qui sont au cœur du projet ‘1Malaysia' », référence à la politique du gouvernement actuel visant à mettre en valeur et à consolider l'unité de la Malaisie.
(1) En août 2007, le Makkal Osai, journal malaisien en langue tamoule, avait voulu illustrer humoristiquement la phrase « Si quelqu'un se repent de ses fautes, le paradis l'attend ». Le journal avait été suspendu de publication pendant un mois pour avoir « heurté les sentiments religieux des catholiques ». Voir EDA 490
(2) Voir EDA 515
(3) Au sujet de la controverse sur l'utilisation par les chrétiens du mot Allah, voir EDA 521, 522
© Les dépêches d'Eglises d'Asie peuvent être reproduites, intégralement comme partiellement, à la seule condition de citer la source.Je souhaite envoyer cette information á un ami
Allemagne : Document commun entre catholiques et orthodoxes sur le dimanche
ROME, Vendredi 5 Mars 2010 (ZENIT.org) - Un document commun sur la signification du dimanche a été présenté, le 2 mars à Ratisbonne (Allemagne) par la Commission conjointe de l'épiscopat allemand et de l'Eglise orthodoxe en Allemagne, a rapporté L'Osservatore Romano dans son édition du 5 mars.
Intitulé L'année ecclésiastique dans la tradition de l'Orient et de l'Occident - Le dimanche, jour de fête d'origine des chrétiens - le document évoque la manière dont le ‘Jour du Seigneur' s'est développé dans les deux Eglises sœurs, accentuant sur les points communs et les différences.
Cité par L'Osservatore Romano, Mgr Gerhard Ludwig Müller, évêque de Ratisbonne, affirme combien cette initiative peut « contribuer à encourager le respect et la compréhension réciproques ».
D'autres documents sur les fêtes de Pâques et de Noël devraient suivre ce texte.
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Espagne : Joie après l’annonce de la visite du pape
Les fidèles invités à se préparer spirituellement
ROME, Vendredi 5 mars 2010 (ZENIT.org) - La nouvelle d'un prochain voyage du pape en Espagne « remplit de joie l'Eglise du pays », souligne, dans un communiqué, la conférence épiscopale espagnole (CEE) et s'engage dès à présent à faire tout le nécessaire pour collaborer avec les archidiocèses de Compostelle et Barcelone que Benoît XVI visitera les 6 et 7 novembre prochains.
La conférence épiscopale invite « tous les fidèles et toutes les communautés chrétiennes à élever dès à présent des prières, pour la bonne issue de cette visite du Saint-Père et pour ses fruits apostoliques ».
L'archevêque de Barcelone, le cardinal Lluís Martínez Sistach, a lui aussi invité les fidèles espagnols à se préparer spirituellement à la visite du pape, leur demandant, lors d'une conférence de presse, de bien se préparer à travers la prière et des actions de solidarité à l'égard des pauvres et des personnes dans le besoin.
« Nous devons manifester notre gratitude et notre affection au Saint-Père, en priant sans cesse pour son ministère, exercé dans le sillage de l'apôtre Pierre, dont il est le successeur, et qui est donné au service de toute l'Eglise. Lorsqu'il sera à Barcelone parmi nous il faudra lui manifester notre accueil filial, dévoué et enthousiaste », a déclaré le cardinal Sistach qui a invité l'Eglise locale, les autorités, les institutions et les moyens de communication à collaborer à la préparation de cette visite.
Pour l'archevêque de Barcelone, la présence du Pape, le 7 novembre, à la consécration de l'église de la Sainte-Famille, « montre toute l'importance que revêtent le mariage et la famille pour le bien des personnes, de l'Eglise et de la société, et combien il est nécessaire que les familles soient aidées et défendues en se mettant à leur service ».
L'église de la Sainte-Famille, qui appartient au « patrimoine mondial de l'humanité », a rappelé l'archevêque, et qui est « une référence artistique dans le monde entier », est visitée chaque année par des millions de personnes.
L'archevêque de Saint-Jacques de Compostelle, Mgr Julián Barrio, qui accueillera le pape dans son diocèse le 6 novembre, dans le cadre de l'Année Jacquaire 2010, a quant à lui fait part de sa reconnaissance au pape, le remerciant « de se rendre à Saint-Jacques en pèlerin de la foi, en témoin du Christ ressuscité ».
« Pour nous, accueillir ici le Saint-Père est vraiment une grande joie », a-t-il souligné. « Cela nous aidera sans aucun doute tous à raviver notre espérance chrétienne à un moment où nous avons vraiment besoin de cet élan spirituel ».
« En ce sens où, a-t-il reconnu, le moment que nous vivons n'est pas facile ». « Nous devons revitaliser notre foi pour revitaliser la coexistence sociale et tout ce qui a trait aux préoccupations que nous sommes en train de vivre », a-t-il ajouté.
« Cette revitalisation dérivera de la lumière de la foi et nous aidera à trouver des solutions adéquates, que nous souhaitons tous, reposant sur les principes et fondements de notre foi », a-t-il souligné.
Dans des déclarations à un groupe de journalistes, rapportées par l'agence SIR, le porte-parole du Saint-Siège, le père Federico Lombardi, a relevé le geste significatif que représente la consécration de l'autel de la Sainte-Famille par le pape qui, a-t-il dit, marque aussi son appréciation pour la personnalité et l'art de l'architecte de cette église, Antoni Gaudí (1852-1926), dont la cause de béatification est en cours.
Le porte-parole a aussi parlé de l'importance d'une visite du pape à Saint-Jacques de Compostelle, soulignant qu'il s'agissait en Europe d'« un centre d'une grande signification ».
Les détails de ce voyage du pape en Espagne, qui n'était pas prévu dans le calendrier de cette année, sont encore à définir.
Ce voyage sera son cinquième voyage à l'étranger de 2010, après Malte (17 et 18 avril), le Portugal (du 11 au 14 mai), Chypre (du 4 au 6 juin) et le Royaume Uni (du 17 au 19 septembre).
Benoît XVI a prévu également quatre visites pastorales en Italie. Les destinations sont Turin, Sulmona, Carpineto Romano et Palerme.Je souhaite envoyer cette information á un ami
Le patriarche latin de Jérusalem en Jordanie
Il dit « non » à l’inscription de lieux saints islamiques sur la liste du patrimoine israélien
ROME, Vendredi 5 mars 2010 (ZENIT.org) - « La position de l'Eglise est en accord avec celle du gouvernement jordanien, et ce depuis que ce dernier est responsable du patrimoine arabe chrétien et islamique », a déclaré Mgr Fouad Twal, patriarche latin de Jérusalem, suite à la récente décision des autorités d'Israël d'inscrire des lieux saints islamiques de Cisjordanie sur la liste du patrimoine israélien.
Dans une interview accordée lors de sa visite, toujours en cours, à Al-Rai, un journal jordanien, le patriarche a souligné qu'il ne fallait pas « se contenter d'une simple condamnation », appelant à « protester haut et fort, à chercher des occasions de le faire et à ne pas avoir peur d'en parler aux pays européens ainsi qu'au monde entier, et ce de façon à attirer l'attention sur la gravité de ce qui se passe en Terre Sainte et des conditions faites à ses habitants ».
Le patriarche a affirmé qu'il devrait exister une tierce partie capable de convaincre et de forcer Israéliens et Arabes palestiniens à mettre fin à la lutte pour la terre. Il a fait remarquer que ce problème avait une portée universelle et que « seule sa résolution pourrait éviter à la région et à ses habitants destructions et catastrophes ».
Concernant sa visite actuelle en Jordanie, le patriarche a noté sa participation à une conférence à Beit al-Ziyarah (maison des sœurs du Rosaire) et à laquelle sont présents 42 Italiens ( hommes d'affaires, présidents d'université et professeurs ).
« La conférence, d'une durée de deux jours, est organisée sur le thème du dialogue au Proche-Orient », a déclaré le patriarche
Concernant la présence des 42 personnalités italiennes, le quotidien fait savoir qu'ils ont visité Madaba, dimanche, une visite organisée par Mgr Fouad Twal.
La délégation italienne s'est également rendu sur le site du mont Nébo. Là, des responsables ont expliqué l'importance historique, religieuse et archéologique, ainsi que son rôle dans la promotion de la Jordanie. La délégation a aussi visité le site de la future université privée de Madaba, dont la première pierre a été bénie par le Pape Benoît XVI lors de sa visite en Jordanie, en mai dernier.
Concernant cette université, située au sud de la ville de Madaba et parrainée par le patriarcat latin, le patriarche Twal a déclaré que les travaux se poursuivaient dans l'espoir qu'ils soient finis d'ici la prochaine rentrée académique.
Le patriarche a ajouté que des contacts et relations avec des universités européennes et américaines étaient actuellement en cours, dans le but d'échanger des expériences, l'Université de Madaba comptant profiter de l'expérience des autres universités.
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Documents
Première prédication de Carême, par le P. Raniero Cantalamessa
En présence du pape Benoît XVI et de la curie romaine
ROME, Vendredi 5 mars 2010 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de la première prédication de Carême prononcée ce vendredi matin par le P. Raniero Cantalamessa O.F.M. Cap., prédicateur de la Maison pontificale, en présence du pape Benoît XVI et de la curie romaine, dans la chapelle Redemptoris Mater, au Vatican.
P. Raniero Cantalamessa, ofm cap.
Première prédication de Carême
Ministres d'une nouvelle alliance
Le Seigneur m'accorde d'être témoin de la grâce extraordinaire que l'Eglise est en train de vivre en cette année sacerdotale. On ne compte plus les retraites suivies par le clergé dans plusieurs parties du monde, toutes animées par un esprit nouveau et par une redécouverte de sa propre vocation. L'une de ces retraites, organisée à Manille par la conférence épiscopale des Philippines, en janvier dernier, a rassemblé 5.500 prêtres et 90 évêques. Une nouvelle Pentecôte, au dire du cardinal de Manille. Durant une heure d'adoration guidée, à l'invitation du prédicateur, toute cette immense étendue de prêtres vêtus de blanc ont crié d'une seule voix : « Lord Jesus, we are happy to be your priests » : Seigneur Jésus, nous sommes heureux d'être tes prêtres ! ». Et on voyait à leurs visages que ce n'était pas seulement des mots.
La même expérience, avec un nombre plus réduit, je l'ai vécue avec tout le clergé de la région du Sabah, en Malaisie, puis à Singapour et, enfin, au sanctuaire de Lorette avec quelque 200 évêques et prêtres italiens. Tous m'ont prié de transmettre au Saint-Père leur gratitude et leur salutation, ce que je fais avec joie en ce moment.
1. Les « mystères » de Dieu
La parole de Dieu qui nous servira de fil conducteur dans cette méditation est 1 Corinthiens 4, 1 : « Si nos existimet homo, ut ministros Christi et dispensatores mysteriorum Dei » ; qu'on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu ». Nous avons médité pendant l'Avent la première partie de cette définition : le prêtre comme serviteur du Christ, dans la puissance et dans l'onction de l'Esprit Saint. Il nous reste, au cours de ce Carême, à réfléchir sur la deuxième partie : le prêtre comme « dispensateur des mystères de Dieu ». Naturellement, ce que nous disons du prêtre vaut, à plus forte raison, pour l'évêque, qui possède la plénitude du sacerdoce.
Le terme « mystères » revêt deux significations fondamentales : la première est celle de vérités cachées et révélées par Dieu, les desseins divins annoncés de façon voilée dans l'Ancien Testament et révélés aux hommes dans la plénitude des temps ; la seconde est celle de « signes concrets de la grâce », concrètement les sacrements. L'Epître aux Hébreux réunit les deux sens dans l'expression : « les choses qui regardent Dieu » (ta pros ton Theon, ea que sunt ad Deum) ; elle met l'accent davantage sur le sens rituel et sacramentel, définissant la fonction du prêtre (mais l'auteur parle ici du sacerdoce en général, de l'Ancien et du Nouveau Testament) qui est d' « offrir dons et sacrifices pour les péchés » (He 5,1).
Ce second sens s'affirme surtout dans la tradition de l'Eglise. Saint Ambroise a écrit deux traités sur les rites de l'initiation chrétienne, vus comme accomplissement de figures et prophéties de l'Ancien Testament ; l'un, qu'il intitule « De sacramentis » et l'autre « De mysteriis », même s'il s'agit en fait du même thème.
Pour revenir à la parole de l'Apôtre, le premier de ces deux sens met en lumière le rôle du prêtre en égard à la parole de Dieu, le second son rôle de ministre des sacrements. Ensemble, ils dessinent la physionomie du prêtre comme témoin de la vérité de Dieu et comme ministre de la grâce du Christ, comme annonciateur et comme sacrificateur.
Pendant des siècles, le rôle du prêtre a été réduit presque exclusivement à celui d'officiant (liturge) et de sacrificateur : « offrir des sacrifices et pardonner les péchés ». C'est le Concile Vatican II qui a remis en lumière, à côté de la fonction cultuelle, celle d'évangélisateur. En conformité avec ce que Lumen gentium avait dit du rôle des évêques d'« enseigner » et de « sanctifier », Presbyterorum ordinis énonce :
« Participant, pour leur part, à la fonction des apôtres, les prêtres reçoivent de Dieu la grâce qui les fait des officiants du Christ Jésus auprès des païens, assurant le service sacré de l'Evangile, afin que les païens deviennent une offrande agréable, sanctifiée dans l'Esprit (Rm 15,16). En effet, l'annonce apostolique de l'Evangile convoque et rassemble le peuple de Dieu [...] Leur ministère, commençant par l'annonce de l'Évangile, tire sa force et sa puissance du sacrifice du Christ »1.
Sur les trois méditations de Carême (Vendredi 19 Mars, fête de saint Joseph, il n'y a pas de prédication), l'une sera consacrée au thème du prêtre comme ministre de la parole de Dieu, une autre au prêtre comme ministre des sacrements, et la troisième, plus existentielle, au renouvellement du sacerdoce par la conversion au Seigneur.
2. La lettre et l'Esprit
A partir du IIe siècle, on observe une tendance à modeler - dans les qualités requises, dans les rites, dans les titres, dans les vêtements - le sacerdoce chrétien sur le sacerdoce lévitique de l'Ancien Testament2 ; une tendance qui se reflète dans des documents canoniques comme les Constitutions apostoliques, la Didascalie syriaque et autres sources analogues. Cette assimilation extérieure nous fait ressentir plus forte l'urgence de redécouvrir, dans une occasion comme celle-ci, la nouveauté et l'altérité substantielle de la nouvelle alliance par rapport à l'ancienne. C'est l'affirmation énergique de Paul que je voudrais mettre au centre de notre méditation :
« Notre capacité vient de Dieu, qui nous a rendus capables d'être ministres d'une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l'Esprit ; car la lettre tue, l'Esprit vivifie. Or si le ministère de la mort, gravé en lettres sur des pierres, a été entouré d'une telle gloire que les fils d'Israël ne pouvaient fixer les yeux sur le visage de Moïse à cause de la gloire de son visage, pourtant passagère, comment le ministère de l'Esprit n'en aurait-il pas davantage ? » (2 , Co 3, 5-8).
Ce que l'Apôtre entend par l'opposition lettre - Esprit, ressort clairement du passage un peu plus haut toujours dans Corinthiens 2, dans lequel il nomme la communauté de la nouvelle alliance : « manifestement une lettre du Christ remise à nos soins, écrite non avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant ; non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les coeurs » (2 Co 3, 3).
La lettre est donc la loi mosaïque écrite sur des tables de pierre et, par extension, toute loi positive extérieure à l'homme ; l'Esprit est la loi intérieure, écrite sur les coeurs, celle que l'Apôtre définit, d'ailleurs, « la loi de l'Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus et qui affranchit de la loi du péché et de la mort » (cf. Rm 8, 2).
Saint Augustin a écrit un traité sur le thème de notre méditation - De Spiritu et littera - qui constitue une étape capitale dans l'histoire de la pensée chrétienne. La nouveauté de la nouvelle alliance par rapport à l'ancienne, explique-t-il, est que Dieu ne se borne plus à commander à l'homme de faire ou ne pas faire, mais Il fait lui-même avec lui et en lui les choses qu'il commande. « la loi des oeuvres commande en menaçant, et la loi de la foi obtient pour celui qui croit... en vertu de la loi des œuvres, Dieu nous dit : Fais ce que je te commande ; et par la loi de la foi, nous disons à Dieu : donnes-nous de faire ce que tu commandes »3
Bien plus qu'une « indication » de volonté, la loi nouvelle qui est l'Esprit ; est une « action », un principe vivant et actif. La loi nouvelle est la vie nouvelle. L'opposition lettre-Esprit équivaut dans saint Paul, à l'opposition loi-grâce : « Vous n'êtes plus sous la Loi, mais sous la grâce » (Rm 6, 14).
Dans l'ancienne alliance, l'idée de grâce est également présente, dans le sens de bienveillance, faveur et pardon de Dieu (la hesed) : « Je fais grâce à qui je fais grâce » (Ex 33, 19) ; les psaumes sont remplis de ce concept. Mais à présent le mot grâce, charis, a revêtu un sens nouveau, historique : c'est la grâce qui vient de la mort et la résurrection du Christ, et qui justifie le pécheur. Il ne s'agit pas seulement d'une disposition bienveillante, mais d'une réalité, d'un « état » : « Ayant donc reçu notre justification de la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné d'avoir accès par la foi à cette grâce en laquelle nous sommes établis » (Rm 5, 1-2).
Jean décrit le rapport entre ancienne et nouvelle alliance de la même façon que Paul : « La loi fut donnée par Moïse ; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » (Jn 1, 17).
On peut donc en déduire que la loi nouvelle, ou de l'Esprit, n'est pas, au sens strict, celle promulguée par Jésus sur le Mont des Béatitudes, mais celle gravée dans les cœurs au jour de la Pentecôte. Certes, les préceptes évangéliques sont plus élevés et parfaits que les préceptes de Moïse ; toutefois, à eux seuls, ils seraient restés tout aussi inefficaces. S'il avait suffi de proclamer la nouvelle volonté de Dieu à travers l'Evangile, on ne saurait expliquer la nécessité pour Jésus de mourir ni celle de la venue de l'Esprit Saint ; on ne s'explique pas pourquoi le Jésus de Jean fait tout dépendre de son « élévation », autrement dit de sa mort sur la croix (cf. Jn 7, 39 ; 16, 7-15).
Les apôtres eux-mêmes sont la preuve vivante que cela ne suffisait pas. Eux qui pourtant avaient écouté de la bouche même du Christ tous les préceptes évangéliques - par exemple, que « si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous », nous les voyons préoccupés jusqu'à la fin de savoir qui d'entre eux était le plus grand. C'est seulement après la venue de l'Esprit Saint que nous les voyons oublieux d'eux-mêmes et uniquement occupés à proclamer « les merveilles de Dieu » (cf. Ac 2, 11).
Sans la grâce intérieure de l'Esprit, même l'Evangile donc, même le commandement nouveau, serait resté une loi ancienne, une lettre. Reprenant une pensée audacieuse de saint Augustin, saint Thomas d'Aquin écrit : « La lettre désigne tout texte écrit qui demeure extérieur à l'homme, fût-ce le texte des préceptes moraux contenus dans l'Evangile ; c'est pourquoi même la lettre de l'Evangile tuerait si, à l'intérieur de l'homme, ne s'y adjoignait la grâce guérissante de la foi »4. Plus explicite encore, ce qu'il a écrit un peu avant : « La loi nouvelle est d'abord la grâce même de l'Esprit Saint, qui est donnée aux croyants »5.
3. Non par contrainte, mais par attrait
Mais comment cette loi nouvelle, qui est l'Esprit lui-même, agit-elle concrètement ? Elle agit à travers l'amour ! La loi nouvelle n'est rien d'autre que ce que Jésus appelle le « commandement nouveau ». L'Esprit Saint a inscrit la loi nouvelle dans nos coeurs, en y infusant l'amour (Rm 5, 5). Cet amour est l'amour avec lequel Dieu nous aime et avec lequel, en même temps, il fait que nous l'aimions lui et le prochain. C'est une capacité nouvelle d'aimer.
N'est-ce pas contradictoire de parler de l'amour comme d'une « loi » ? La réponse est qu'il y a deux façons dont l'homme est conduit à faire, ou ne pas faire, une certaine chose : soit par contrainte, soit par attrait. La loi extérieure l'y conduit selon la première manière, par contrainte, avec la menace du châtiment ; l'amour l'y conduit selon la seconde manière, par attraction. En effet, chacun est attiré par ce qu'il aime, sans subir aucune contrainte de l'extérieur. L'amour est comme un « poids » de l'âme qui attire vers l'objet de son propre plaisir, dans lequel elle sait qu'elle va trouver son repos6. La vie chrétienne doit être vécue par attrait, non par contrainte.
L'amour est donc une loi, « la loi de l'esprit », en ce sens qu'il crée chez le chrétien un dynamisme qui le porte à faire tout ce que Dieu veut, spontanément, sans même y penser, parce qu'il a fait sienne la volonté de Dieu et aime tout ce que Dieu aime.
Quelle place, nous demandons-nous, a l'observance des commandements dans cette économie nouvelle de l'Esprit ? Même après la venue du Christ, subsiste la loi écrite : il y a les commandements de Dieu, le décalogue, il y a les préceptes évangéliques, auxquels se sont ajoutés, par la suite, les lois ecclésiastiques. Quel sens ont le Code de droit canonique, les règles monastiques, les voeux religieux, tout ce qui, en somme, indique une volonté objective qui s'impose à moi de l'extérieur ? Ces choses sont-elles comme des corps étrangers dans l'organisme chrétien ?
Il y a eu, au cours de l'histoire de l'Eglise, des mouvements qui ont pensé cela et ont refusé toute loi, au nom de la liberté de l'Esprit, à tel point qu'ils ont justement pris le nom de mouvements « anomistes », mais ils ont toujours été désavoués par l'autorité de l'Eglise et de cette conscience chrétienne. La réponse chrétienne à ce problème nous vient de l'Evangile. Jésus affirme ne pas être venu pour « abolir la loi », mais pour l'« accomplir » (cf. Mt 5, 17).). Mais quel est l'« accomplissement » de la loi ? « La charité - répond l'Apôtre - est la Loi dans sa plénitude ! » (cf. Rm 13, 10). Toute la loi et les prophètes dépendent du commandement de l'amour, dit Jésus (cf. Mt 22, 40)).
L'obéissance devient donc la preuve qu'on vit selon la grâce « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole » (Jn 14,15 ). Alors l'amour ne remplace pas la loi, mais l' « observe, l'accomplit ». Dans la prophétie d'Ezéchiel, on attribuait la possibilité d'observer la loi de Dieu au don futur de l'Esprit et du cœur nouveau : « Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes » (Ez 36, 27). « « La loi nous a été donnée », écrit de façon lapidaire Augustin, afin que nous cherchions la grâce ; et la grâce nous a été donnée afin d'assurer l'accomplissement de la loi »7.
4. Actualité du message de la grâce
Jusqu'ici nous avons vu les conséquences que le message paulinien concernant la nouvelle alliance peut avoir sur la façon de concevoir et de vivre la vie chrétienne. Mais, à cette occasion, j'aimerais surtout mettre en évidence la lumière que ce message jette sur le problème de l'évangélisation dans le monde actuel et du dialogue interreligieux et, par voie de conséquence, sur le rôle du prêtre comme ministre de la vérité de Dieu.
Augustin écrivit son Traité sur La lettre et l'Esprit pour combattre la thèse pélagienne, selon laquelle il suffit pour être sauvé que Dieu nous ait créés, dotés de libre arbitre et qu'il nous ait donné une loi nous indiquant sa volonté. Concrètement, selon cette thèse, l'homme peut se sauver tout seul et la venue du Christ constitue, certes une aide extraordinaire, mais qui n'est pas indispensable au salut.
On peut débattre - et aujourd'hui les spécialistes en débattent - pour savoir si le saint a interprété correctement la pensée du moine Pélage. Mais il n'y a pas là de quoi nous surprendre. Les Pères qui ont dû combattre des hérésies ont souvent explicité celles qui (de leur point de vue !) étaient les implications logiques d'une certaine doctrine, sans trop tenir compte du point de vue et du langage différents de l'adversaire. Ils étaient davantage soucieux de la doctrine que des personnes, de la vérité dogmatique plutôt qu'historique. En revanche, Augustin se montre beaucoup plus respectueux et courtois à l'égard de Pélage que ne le fut, par exemple, Cyrille d'Alexandrie vis-à-vis de Nestorius.
La révision moderne d'auteurs comme Pélage ou Nestorius ne signifie donc pas le moins du monde une révision du pélagisme ou du nestorianisme. Cette distinction a contribué, ces derniers temps, au rétablissement de la communion avec les églises dites nestoriennes o syriaques orthodoxes (monophysites) d'Orient.
Mais tout ceci ne nous intéresse que relativement. La chose importante à retenir est que Augustin a raison sur le problème principal : pour se sauver, la nature, le libre arbitre et le guide qu'est la loi ne suffisent pas, il faut la grâce, autrement dit il faut le Christ. Penser autrement signifierait penser que sa venue est superflue et, avec elle, sa mort et la rédemption ; cela signifierait considérer le Christ comme un modèle de vie, non comme « principe de salut pour tous ceux qui lui obéissent » (He 5, 9).
C'est sur ce point que la pensée d'Augustin - et avant lui, celle de Paul - se révèle d'une extraordinaire actualité. Ce qui, selon l'Apôtre, distingue la nouvelle alliance de l'ancienne, l'Esprit de la lettre, la grâce de la loi, une fois opérées les distinctions voulues, est exactement ce qui distingue aujourd'hui le christianisme de toutes les autres religions.
Les formes ont changé, mais la substance reste la même. « Oeuvre de la loi », ou oeuvre de l'homme, correspond à toute oeuvre humaine, dès lors qu'on fait dépendre de celle-ci son propre salut, que celui-ci soit conçu comme communion avec Dieu, ou comme communion avec soi-même et syntonie avec les énergies de l'univers. Le principe est le même : Dieu ne se donne pas, il se conquiert !
Nous pouvons illustrer la différence ainsi. Toute religion humaine ou philosophie religieuse commence par dire à l'homme ce qu'il doit faire pour être sauvé : les devoirs, les oeuvres, œuvres d'ascétisme extérieures ou chemins spéculatifs vers son propre moi intérieur, le Tout ou le Rien. Le christianisme ne commence pas par dire à l'homme ce qu'il doit faire, mais ce que Dieu a fait pour lui. Jésus n'a pas commencé à prêcher en disant : « Convertissez-vous et croyez à l'évangile jusqu'à ce que le Royaume vienne » ; il a commencé par dire : « Le royaume de Dieu est venu parmi vous : convertissez-vous et croyez à l'évangile ». Pas d'abord la conversion, ensuite le salut ; mais d'abord le salut et ensuite la conversion.
De même dans le christianisme - nous l'avons rappelé - il y a les devoirs et les commandements, mais les commandements, y compris le plus grand de tous qui est d'aimer Dieu et le prochain n'est pas au premier plan ; avant celui-ci il y a le don, la grâce. « Quant à nous aimons puisque lui nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 19). C'est du don que naît le devoir, et non l'inverse.
Nous chrétiens, nous n'entrerons pas en dialogue avec d'autres fois, en affirmant la différence ou la supériorité de notre religion ; ce serait la négation même du dialogue. Nous insisterons plutôt sur ce qui nous unit, les objectifs communs, en reconnaissant aux autres le même droit (au moins subjectif) à considérer leur foi comme la plus parfaite, définitive. Sans oublier, d'ailleurs, que celui qui vit avec cohérence et en toute bonne foi une religion des oeuvres et de la loi est meilleur et plus agréable à Dieu que celui qui appartient à la religion de la grâce, mais néglige complètement de croire en la grâce et d'accomplir les œuvres de la foi.
Cependant, tout ceci ne doit pas nous conduire à mettre entre parenthèses notre foi dans la nouveauté et l'unicité du Christ. Il ne s'agit pas non plus d'affirmer la supériorité d'une religion sur les autres, mais de reconnaître la spécificité de chacune, de savoir qui nous sommes et ce que nous croyons.
Il n'est pas difficile d'expliquer pourquoi il n'est pas facile d'admettre l'idée de grâce et son refus instinctif par l'homme moderne. Se sauver « par grâce » signifie reconnaître la dépendance de quelqu'un, et c'est la chose la plus difficile. En témoigne cette affirmation bien connue de Marx : « Un être ne commence à se tenir pour indépendant que dès qu'il est son propre maître, et il n'est son propre maître que lorsqu'il doit son existence à soi-même. Un homme qui vit de la grâce d'un autre se considère comme un être dépendant. [...].Mais je vis entièrement de la grâce d'un autre...s'il a créé ma vie, s'il en est la source...si elle n'est pas ma propre création »8.Ce pourquoi on refuse un Dieu créateur est aussi ce pour quoi on refuse un Dieu sauveur.
C'est l'explication que saint Bernard donne du péché de Satan : il préfère être la plus malheureuse des créatures par son propre mérite, que le plus heureux par « grâce » d'autrui ; il préfère être malheureux mais souverain, qu'heureux mais dépendant : misere praeesse, quam feliciter subesse9.
Le refus du christianisme, qui se développe à certains niveaux de notre culture occidentale, quand il n'est pas refus de l'Eglise et des chrétiens, est refus de la grâce.
5. « Nous prêchons le Christ Jésus, Seigneur »
Quel est, dans ce domaine, la tâche des prêtres en tant que dispensateurs des mystères de Dieu et maîtres de la foi ? Celle d'aider leurs frères à vivre la nouveauté de la grâce, ce qui équivaut à dire la nouveauté du Christ.
Dans l'Evangile, Jésus utilise l'expression « les mystères du Royaume des cieux » pour indiquer tout son enseignement et, en particulier, ce qui concerne sa personne (cf. Mt 13, 11). Après la Pâque on passe de plus en plus souvent du pluriel au singulier, des mystères au mystère : tous les mystères de Dieu se résument désormais dans le mystère qui est le Christ.
Saint Paul parle du « mystère de Dieu, c'est-à-dire le Christ, dans lequel se trouvent, cachés, tous les trésors de la sagesse et de la connaissance » (cf. Col 2, 2-3). Il nous invite à penser au Christ comme à un palais, dans lequel on passe de merveille en merveille, en y entrant. L'univers matériel, avec toutes ses beautés et son étendue incalculable, est l'unique image adéquate de l'univers spirituel qui est le Christ. Ce n'est pas pour rien que cela a été fait « par lui et pour lui » (Col 1, 16).
L'Apôtre a défini avec plus de clarté que tous les autres le centre et le coeur de l'annonce chrétienne et l'a exprimé sous forme de programme, comme un manifeste : « Nous proclamons, nous, un Christ crucifié » (1 Co 1, 23) et « Ce n'est pas nous, que nous prêchons, mais le Christ Jésus, Seigneur » (2 Co 4, 5). Ces paroles justifient pleinement l'affirmation selon laquelle le christianisme n'est pas une doctrine mais une personne.
Mais que signifie, dans la pratique, prêcher « le Christ crucifié », ou « le Christ Jésus, Seigneur » ? Cela ne signifie pas parler toujours et seulement du Christ du kérygme ou du Christ du dogme, c'est-à-dire transformer les prédications en leçons de christologie. Cela signifie plutôt « ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ » (Ep 1, 10), fonder tout devoir sur lui, faire que toute chose serve à conduire les hommes à la « supériorité de la connaissance du Christ Jésus » (Ph 3, 8).
Jésus doit être l'objet formel, pas nécessairement et toujours l'objet matériel, de la prédication, celui qui lui donne forme, qui sert de fondement et donne autorité à toute autre annonce, l'âme et la lumière de l'annonce chrétienne. « Toute nourriture de l'âme est aride - s'exclame saint Bernard - si elle n'est pas assaisonnée avec cette huile ; insipide si elle n'est pas assaisonnée avec ce sel. Ce que tu écris n'a aucune saveur - non sapit mihi - si le coeur de Jésus n'y palpite pas - nisi sonuerit ibi Cor Jesu »10.
Dans la liturgie des heures en langue allemande, le Stundengebet, il y a un hymne (Laudes du mardi de la deuxième semaine) que j'ai aimé dès la première fois que je l'ai récité. Il commence ainsi : « Göttliches Wort, der Gottheit Schrein, für uns in dein Geheimnis ein. (Verbe éternel, Dieu vivant et vrai, fais-nous entrer dans ton mystère ». L'expression « le mystère du Christ » est la plus complète de toutes : elle renferme son être et son agir, son humanité et sa divinité, sa pré-existence et son incarnation, les prophéties de l'Ancien Testament et leur accomplissement dans la plénitude des temps. Nous pouvons répéter comme une prière : « Verbe éternel, Dieu vivant et vrai, fais-nous entrer dans ton mystère ».
Traduit de l'italien par ZENIT
1 PO, 2.
2 Cf. J.-M. Tillard, « Sacerdoce », in DSpir. 14, col.12
3 Augustin, De Spiritu et littera, 13,22.
4 Thomas d'Aquin, Summa theologiae, I-IIae, q. 106, a. 2.
5 Ibid., q. 106, a. 1 ; cf. Augustin, De Spiritu et littera, 21, 36.
6 Augustin, Commenaire de l'Evangile de Jean, 26, 4-5 : CCL 36, 261 ; Confessions, XIII, 9.
7 Augustin, De Spir. et litt. ,19,34.
8 C. Marx, Manuscrits de 1844, in Gesamtausgabe, III, Berlin 1932, p. 124 et Critique de la philosophie du droit de Hegel, in Gesamtausgabe, I, 1, Francofort sul M. 1927, p. 614 s.
9 Bernard de Clairvaux , De gradibus humilitatis, X, 36 : PL 182, 962.
10 Bernard de Clairvaux, Sermones super Canticum, XV, 6: Ed. Cistercense, Roma 1957, p.86.
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